Plan d’action de la cipd entre reve et realite : Des perspectives prometteuses (par Mme. Fatimata Deme)

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La 47ème Session de la Commission des Nations Unies sur la Population et le Développement qui se déroule actuellement à New York, donne l’occasion à la communauté internationale de se pencher sur le bilan de la mise en œuvre du Plan d’Action de la Conférence Internationale sur Population et Développement, tenue au Caire, en 1994. Elle constitue une tribune d’échanges sur les priorités du programme d’action 2014 et de l’Agenda post 2015.

Il est heureux de constater que les déclarations des pays membres des Nations Unies viennent corroborer les résultats de l’enquête mondiale. Les pays, presque à l’unanimité, soutiennent le programme d’action de la CIPD et s’engagent à continuer sa mise en œuvre au-delà de 2015.

Les pays africains soutiennent les déclarations de la Bolivie, au nom du Groupe des G77 et de la Chine, et du Kenya, au nom du Groupe Africain.

Les pays ont partagés les progrès réalisés dans les différents domaines prioritaires du Plan d’action : Education, Santé (santé de la reproduction/planification familiale, accès aux services de santé de qualité, accès des jeunes à l’éducation sexuelle et aux services de santé de la reproduction et de la planification familiale, réduction de la mortalité maternelle et infantile), lutte contre la pauvreté, l’autonomisation de la femme, les migrations, la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, les violences basées sur le genre, les mutilations génitales féminines, les changements climatiques, la sécurité alimentaire, etc.

Les pays ont mis en place des stratégies novatrices et des politiques intégrées pour parvenir à ces résultats encourageants, même si on note des disparités selon les pays, notamment entre les pays développés et les pays en voie de développement, entre les pays africains eux-mêmes, par exemple.

Il est à saluer que l’ensemble des pays mettent aujourd’hui l’accent sur l’inclusion des jeunes, leur participation, leur accès aux services de santé de la reproduction et de planification familiale, à l’éducation sexuelle, même si les positions sont parfois mitigées.  Les pays ont également reconnu l’importance du recensement pour disposer de données statistiques fiables, en vue d’une bonne planification et pouvoir tirer profit du dividende démographique.

Le Réseau des Femmes Leaders d’Afrique pour la Santé de la Reproduction et la Planification Familiale a marqué de sa présence cette 47ème Session de la CPD et se félicite des performances réalisées, notamment en matière de santé de la reproduction et de la planification familiale, de la protection des droits des femmes et de leur autonomisation. La plupart des membres sont dans les délégations de leurs pays respectifs (Burkina Faso, Cameroun, Ghana, Kenya, Sénégal, Ouganda). La participation du Réseau à ce bilan du Plan d’Action de la CIPD a pour objectif de mener un plaidoyer fort pour :

-       la priorisation de la santé sexuelle et génésique et des droits y afférents dans le plan d’Action 2014 et l’agenda post 2015,

-       le financement adéquat de l’accès universel à des services de qualité complets et intégrés en matière de santé sexuelle et génésique, y compris l’accès à l’information et aux conseils ;

-       le repositionnement de la planification familiale comme moteur de développement clé et l’accès universel à toutes les gammes de produits de planification familiale basé sur un choix éclairé, en vue de la réduction de la mortalité maternelle.

Il faut reconnaître que, malgré les performances réalisées par les pays, de grands défis persistent encore, après 20 ans de mise en œuvre du plan d’action de la CIPD.

Même s’il ya une tendance de la baisse de la mortalité maternelle et infantile (près de 50 % dans certains pays), il faudra rester vigilent pour empêcher les facteurs favorisants d’hypothéquer les acquis. Le problème des grossesses  précoces, non désirées, des besoins non satisfaits, des mariages précoces, etc. posent encore des problèmes à beaucoup de pays, surtout ceux en voie de développement.

Le problème du vieillissement qui a fait  l’objet d’une plus grande attention dans les déclarations, a été souligné et devrait être pris en compte dans  les politiques et stratégies de développement. Il est important de faire le lien entre les politiques tendant à réduire le taux de fécondité et la prise en charge des personnes âgées, qui ne doivent pas être considérées comme un poids économique, mais comme des ressources humaines potentielles, dont l’expérience peut toujours être au service du développement.

L’avortement et les orientations sexuelles font l’objet de positions divergentes et le compromis semble être difficile. Certains pays ont pris des mesures et des dispositions législatives en faveur de l’avortement et du mariage entre des personnes de même sexe, tandis que d’autres, en raison de facteurs socio-culturels et religieux, ne considèrent pas encore ces questions.

Les migrations et les personnes déplacées, notamment dans les zones de conflits ou post-conflit, peuvent avoir un impact négatif sur les acquis du Plan d’Action de la CIPD. Il va falloir identifier des stratégies appropriées pour que les migrations internationales puissent profiter à la fois aux pays d’accueil et aux pays d’origine.

Par ailleurs, les enfants et les nouveaux nés devraient faire l’objet de priorisation pour la réalisation des objectifs. Ces embryons du développement doivent être au cœur des préoccupations politiques et sociales pour assurer aux générations futures des conditions de vie meilleures où les droits humains seront respectés.

Aujourd’hui, les pays s’accordent à continuer la mise en œuvre du Plan d’Action de la CIPD. Après 20 ans, des engagements plus conséquents devront être pris par les gouvernements pour réaliser les objectifs de la CIPD. Il faudra mobiliser les ressources nécessaires, tant au niveau national, régional, qu’international.

Le partenariat devra être renforcé pour une synergie d’action, impliquant le secteur privé, pour conserver les acquis. Les perspectives annoncées devront reposer sur la bonne gouvernance et la transparence. Le Plan d’action de la CIPD devra devenir une réalité vécue par l’ensemble des pays au-delà de 2015. Nous ne devrons pas attendre encore 20 ans pour évaluer le bilan.

 

 

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